Vous le connaissez tous : des amis vous ont conseillé ses vidéos, il est apparu dans vos recommandations YouTube, peut-être même l’avez-vous vu passer sur Arte, c’est Benjamin Brillaud, le créateur de la chaîne Nota Bene. Ses débuts, sa vie, son futur, et alors que le million d’abonnés n’est qu’une question de semaines, le Boudoir consacre son zoom au barbu le plus connu du YouTube français.

Genèse d’un français avant tout comme les autres

Benjamin Brillaud a grandi entre la région parisienne et le midi de la France. Né il y a 31 ans dans une famille de culture ouvrière et de tradition communiste, son père lui transmet d’abord la passion du cinéma. Son enfance sera ensuite bercée par un goût un peu envahissant pour les jeux vidéo et un autre, plus musical, pour le métal (c’est notre meilleure réponse à la question sur son look).

Après avoir obtenu son baccalauréat professionnel à Montreuil, au moment de choisir son futur, le jeune Benjamin est dans la même situation que beaucoup de néo-bacheliers : il est un peu perdu. Passionné d’audiovisuel, il se souvient tout de même avoir apprécié l’Histoire à l’école et en dehors. Va pour la fac d’Histoire.

L’expérience tournera court. Après 6 mois d’amphis, il abandonne : la voie classique ce n’est pas pour lui. Mais pour autant, ces 6 mois auront été l’occasion de réactiver un intérêt qui jouera un rôle central dans sa vie, le rôle que nous lui connaissons le mieux. Son autre grande passion, l’audiovisuel, prendra le relai. Après avoir rencontré un réalisateur, il passe un BTS en audiovisuel à Paris et se lance avec excitation dans cette carrière. Ce seront ensuite 6 ans de travail comme cadreur/monteur, un métier éprouvant mais qui le passionne.

Seulement voilà, un beau jour, la société qui l’emploie connaissant des difficultés de trésorerie, c’est le couperet, Benjamin se retrouve au chômage. Après quelques temps de geekage devant les écrans et une manette à la main, une idée, qui s’avérera excellente, traverse son esprit.

Abonné fidèle et admiratif notamment des chaînes e-Penser et Axolot, il apprécie par-dessus tout le coté anecdote, les histoires étranges, les curiosités du monde. Lui-même amateur d’Histoire, il fait une rapide recherche et se rend compte qu’il y a la place pour une chaîne YouTube dédiée à l’Histoire selon une approche grand public, à travers des anecdotes et des faits isolés. Il en parle à sa femme qui l’encourage et c’est parti, Nota Bene est née.


Les 5 vieux trucs de médecin, toute première vidéo de la chaîne postée le 25 août 2014.

Une chaîne à l’ascension fulgurante

Installé désormais avec sa petite famille en région tourangelle, il met à profit ses qualités de montage et son goût pour l’Histoire pour tourner, devant sa bibliothèque devenue emblématique, des vidéos sur des curiosités de l’Histoire. Le succès est rapidement au rendez-vous. Lancée en août 2014, la chaîne atteint les 100 000 abonnés en mars 2015. La pente est ascendante, et un an plus tard, il sont 300 000.

La chaîne se décline en plusieurs formats. Tout d’abord, la formule de base est la formule Nota Bene, c’est le sens originel de la chaîne. Des faits historiques amusants, intéressants et capteurs de public. Assez rapidement, Benjamin décline d’autres formats, Un peu d’Histoire rappelle l’histoire et les origines de sujets de société contemporains. Motion vs History compare ensuite des films historiques avec la réalité historique. Mais, avec le temps, la plupart des formats fusionne et Benjamin a compris que son public attend une vidéo sur l’Histoire, en prêtant moins d’importance à d’éventuelles subdivisions.

Tournant majeur, en février 2016, deux vidéos sont signées en collaboration avec le musée du Louvre. Dans sa première collaboration majeure, Benjamin Brillaud reçoit un cachet suffisant pour étoffer son équipe. Techniciens, intermittents du spectacle, rédacteurs, etc… c’est une véritable équipe qui se constitue progressivement autour de lui.

A la même époque, il s’installe comme un des papes de la culture grand public. En compagnie d’autres youtubeurs comme Linguisticae, Usul ou Dirty Biology, il participe à un projet culturel sur YouTube : la vidéothèque d’Alexandrie. Ce collectif a pour but de faire vivre le milieu culturel francophone de YouTube. Tombé quelque peu en déshérence depuis notamment le départ de Nota Bene, il a cependant aidé à fédérer la communauté culturelle du YouTube francophone.

Les projets s’enchaînent, Benjamin publie un livre en octobre 2016 : « les pires batailles de l’Histoire », en suivant toujours son fil conducteur de vulgarisation de l’Histoire par la petite porte : les anecdotes. Cette année, c’est une bande dessinée dont il a écrit le scénario qui est sortie portant le nom de « Nota Bene, Petites histoires, grands destins ! ».

Autre évolution positive de la chaîne, ce sont les partenariats avec les institutions. Depuis sa première collaboration avec le musée du Louvre, Benjamin reçoit pléthore de propositions commerciales. Le principe est simple, faire une ou plusieurs vidéos pour le compte, notamment, des services touristiques de départements français. Après les excellentes vidéos sur l’Aisne, nous apprécions beaucoup la série sur le département de l’Eure dont l’Histoire se prête particulièrement à des vidéos par Nota Bene. Ces partenariats ont permis à Benjamin d’obtenir des financements plus conséquents et ces moyens ont été massivement réinvestis dans la production si importante. La chaîne prend, avec le temps et l’accumulation des moyens techniques, un virage esthétique très appréciable.

La série de vidéos tournée dans l’Eure atteint des niveaux de production dignes de chaînes TV.

Les secrets d’un vulgarisateur star

Benjamin Brillaud a un talent indéniable pour la vulgarisation. Ce sont d’abord ses compétences audiovisuelles qui lui ont donné un avantage conséquent sur la concurrence. Benjamin est un ancien du milieu audiovisuel, il y est formé et ça se voit.

Une vidéo d’Histoire, comme un livre d’Histoire, a pour condition de son succès de faire appel à l’imaginaire. C’est indispensable, car l’Histoire est une matière qui sort complètement de notre quotidien. En effet, plus l’Histoire est proche de notre quotidien, plus elle se rapproche de la simple actualité. C’est pour cette raison que la réalisation pour une vidéo d’Histoire est absolument centrale. Prenez une explication d’un livre de philosophie, ou une vidéo sur le dernier sommet du G20, l’imaginaire n’a que très peu besoin d’être secondé par une réalisation. Ce qu’on demande à l’auditeur, c’est de réfléchir, pas d’écouter. C’est tout l’inverse en matière d’Histoire.

Nota Bene l’a parfaitement compris. Ses talents de réalisateur sont mis au service de sa narration. Cette narration suit des textes parfois un peu plats, mais dans l’esprit de la chaîne. On passera sur le franglais parfois excessif pour, en revanche, saluer la synthèse dont Nota Bene fait preuve pour aller à l’essentiel et captiver son audience grâce également à un rythme largement maîtrisé.

L’autre secret de Benjamin Brillaud, et également condition critique de succès de la vulgarisation, c’est le charisme. Doté d’un physique imposant, barbe et coiffure viking oblige, son personnage est attachant, parlant volontiers de sa vie, de son passé et ne cachant pas, par exemple, la complicité qu’il partage avec sa femme. Voix grave et forte, diction posée, gestuelle naturelle sont autant de qualités qui font véritablement de lui un des meilleurs représentants de la nouvelle génération de vulgarisateurs.

Ce personnage a grandi en maturité, s’inscrivant parfaitement dans son nouveau rôle d’intervenant lors de reportages à la qualité sans cesse croissante.

Une chaîne historique ou politique ?

Evolution de la chaine : meilleurs reportages et trop de politique.

Benjamin Brillaud n’a jamais caché ses opinions politiques, et se qualifie lui-même de « progressiste ». Attaché à une tradition familiale de gauche, il soutient par exemple des initiatives féministes ou concernant l’accueil de migrants. Ses opinions n’engagent que lui naturellement, et il assure discuter avec tout le monde, préconisant le débat en toutes circonstances.

Néanmoins, il le sait mieux que quiconque, l’Histoire a une tendance à être très rapidement politisée. C’est ce qui gêne chez Nota Bene : la neutralité n’est pas toujours parfaite. Sans que ses vidéos perdent de leur Nota bene participe à transmettre à son large public une certaine vision de notre passé, celle de la doxa française des dernières décennies.

Pour Nota Bene, par exemple, l’Eglise catholique a bien souvent une position négative, réactionnaire, prostrée sur des questions de puissance propre. Sans utiliser de faits faux, ce qu’on peut reprocher à Benjamin est l’orientation qu’il prend, l’accentuation de certains éléments au détriment d’autres. Par exemple, l’Eglise de Rome est présentée, dans une vidéo destinée aux enfants, comme la principale raison pour laquelle on ne fête pas son anniversaire au Moyen-Âge, car « les anniversaires viennent d’une autre religion donc on les rejette en Europe », alors que des coutumes étrangères ont été adoptées par dizaines en Europe à commencer par les anciennes coutumes romaines. Dans le même temps, dans la vidéo sur l’Histoire du mariage, Benjamin passe judicieusement vite sur la création du mariage européen par l’Eglise catholique, qui s’est battue contre vents et marées pendant des siècles afin d’imposer la fin de la polygamie.

Dans le même temps, s’il dit respecter les spiritualités, Benjamin avoue bien volontiers qu’il est vu par sa famille et ses proches comme « anticlérical », réputation qu’il tend à approuver.

Autre exemple de l’évolution de Nota Bene : une vidéo récente de réaction à l’actualité. L’avis de Benjamin Brillaud sur les relations russo-américaines n’est pas ce qu’attend son public et il nous apparaît superflu, au regard de la qualité de la chaîne par ailleurs.

Voilà l’ennui. Benjamin Brillaud n’est pas un historien, c’est un vulgarisateur. Un vulgarisateur n’est pas un pourvoyeur d’idées, de visions sur la matière. Un vulgarisateur est indispensable mais c’est pour synthétiser, ordonner, présenter une matière. Un vulgarisateur, c’est Jamy de « C’est pas sorcier ». Jamy de CPS prête une attention particulière à ne pas porter de jugements sur la matière qu’il présente, Nota Bene gagnerait à faire de même.

Cette position générale qui est celle qu’a adoptée Benjamin est celle du rebelle consensuel. Il adhère à la vision du monde contemporaine sans nuance. Les femmes n’avaient pas d’âme au Moyen-Âge, l’Eglise était l’ennemi du petit peuple et les puissants ne pensaient qu’à s’en mettre plein la panse et les poches. La réalité historique est forcément plus nuancée et il serait peut-être bénéfique pour Nota Bene de prendre plus de risques que simplement l’Histoire de la banque, en s’avançant sur un terrain véritablement glissant.

Sur cette question, nous avons quelques inquiétudes, l’évolution récente de la chaîne pousse Benjamin à prendre des positions de plus en plus souvent sur l’actualité. Au prétexte de rappeler l’Histoire des évènements actuels, nous avons droit à des opinions politiques. Nous lui conseillons vivement de ne pas emprunter ce chemin déjà largement embouteillé d’analystes politiques de tous poils, pour se recentrer sur le cœur de sa réputation, et ce pour quoi il a un don, la vulgarisation ; et pourquoi pas autre qu’historique d’ailleurs ?

Le verdict de la rédaction : 8/10

Une note très solide pour Nota Bene qui récompense une excellente réalisation (nous ne le répèterons pas assez, c’est un plaisir d’être emmené dans l’Histoire de Nota Bene).

C’est une chaîne grand public qui ne s’adresse absolument pas qu’aux passionnés d’Histoire. Si elle peut effectivement créer des vocations, elle vise avant tout à raconter des histoires, à divertir en apprenant. C’est une chaîne d’Histoire correcte mais, pour les raisons que nous avons évoquées plus haut, c’est une excellente chaîne tout court. Nota Bene n’a pas pour but premier de vous apprendre de l’Histoire mais de vous la faire aimer, et c’est ce qu’il réussit parfaitement.

Les +

Une réalisation vraiment excellente et qui s’améliore constamment avec l’expérience et les moyens.

Un talent certain de comédien et de pédagogie.

Une grande variété de T-shirts.

Les –

Le côté grand public peut parfois donner l’impression d’aller peu en profondeur, Nota Bene est plus un vulgarisateur qu’un historien.

Une rédaction parfois un peu pauvre : beaucoup de franglais, fautes d’orthographe dans les sous-titres, des phrases parfois rigides.

Une évolution politique qui ne nous convainc pas

Des T-shirts parfois moches.

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